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 Canyon du Roi Charognard

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Eika Shirogane
Genin de l'Empire
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MessageSujet: Canyon du Roi Charognard   Ven 15 Juil 2016 - 19:42


Citation :
Le canyon du Roi Charognard. De grandes étendues désertiques. Pas du sable, mais de la terre sèche et dure. Des falaises escarpées, une végétation quasiment inexistante. Un soleil qui frappe ardemment sur l’ensemble de ce paysage désolé, sans aucune forme de pitié. L’endroit est invivable. Dans ce monde, c’est un aller sans retour. Seuls ceux qui s’égarent y passent, et ils ne repassent plus jamais nulle part ailleurs quand ils y ont mis les pieds.
Mais la nuit y est accueillante et fraîche. Si on s’enfonce un peu dans ces terres, les falaises forment un grand nombre d’abris naturels où passer la nuit. Très peu de voyageurs et jamais un brigand, car ce ne sont pas leurs terres, donc de très faibles chances de se faire attaquer. Le problème de nourriture est existant, mais quand on sait survivre, on peut trouver quelques petits rongeurs ou de petits oiseaux nocturnes qui suffisent à passer un ou deux jours.
Et puis, c’est l’endroit idéal pour se faire oublier quelques temps. Même les Kyuchioses les plus braves n’osent que rarement y mettre les pieds. Si on veut échapper à quelqu’un en ce monde, le canyon du Roi Charognard est donc apparemment une bonne idée.
Et pourtant, elles sont le territoire des Coyotes. A partir du moment où vous mettez un pied dans cet endroit, l’œil du Roi Charognard est déjà sur vous. Le jour, comme la nuit, les hurlements des coyotes vous accompagnent. Leurs yeux, dans chaque recoin d’ombre, vous observent. Ils se relaient, d’étape en étape de votre voyage, et communiquent sur de très longues distances. Ils vous étudient. D’abord, vous êtes fort et plein d’entrain, vous ne craignez rien. Ils n’oseraient même pas s’en prendre à une proie en pleine possession de ses moyens.
Mais plus vos pas foulent cette terre, et plus vous vous épuisez. Vous manquez d’eau. De nourriture. Votre corps fatigue, puis s’épuise. Et lorsque vous êtes à quelques pas de vous écrouler de fatigue, vous comprenez que personne ne vous viendra en aide. Peut-être aller vous mourir ici ?
Vous vous écroulez, posant les mains à plat sur le sol, hoquetant et comprenant à quel point votre erreur est lourde. Vos narines happent soudain un fumet. Une odeur de sang, une odeur de mort. Peut-être un animal dont vous pourriez vous nourrir ? Alors, vous relevez la tête, les yeux plein d’espoirs. Et vous les voyez. La meute, qui rampe prudemment vers vous. Qui vous encercle. Mais ce ne sont pas d’eux dont vient ce parfum mortel.
Il vient de ces terres toutes entières. Le canyon du Roi Charognard n’est pas seulement un désert : c’est un gigantesque abattoir, et toute viande qui y pénètre trop profondément est condamné à finir dévorée par les coyotes.
Et à l’instant où vous réalisez tout cela, leurs crocs déchiquètent déjà votre chair.


Depuis combien de temps est-ce que je n’y ai pas mis les pieds ? Maintenant que j’y songe, je ne suis venu en tout et pour tout qu’une seule fois ici. Pour faire mes preuves auprès de la meute et du Roi Charognard. Il n’est pas facile de signer un pacte d’invocation avec les coyotes. Il faut faire ses preuves pour devenir l’égale du Roi. Car c’est bien là mon rang dans la meute. Pour ce faire, j’ai dû lâcher une proie dans le canyon. Et la chasser. La retrouver avant qu’elle ne s’écroule de fatigue et de soif, ou que je ne m’écroule moi-même. Une des traques les plus intenses de ma vie. Et aussi une des plus difficiles. Encerclée par la meute en tout temps, si j’avais échouée, je serais devenu la proie. Au lieu de cela, je suis devenu moi-même une Reine. Une Reine solitaire, marginale, une alliée de la meute plutôt qu’une de ses membres. Mais jouissant des privilèges du Roi, mais aussi de la même autorité. Je n’avais ainsi pas seulement survécu.

Je suis Naki d’un pas alerte. Le Roi Charognard sait déjà que nous sommes là. J’ai entendu les hurlements des coyotes. Je les ai compris. Ce n’est pas un cri d’alerte, mais simplement une information. La Reine Solitaire arrive. C’est le Roi lui-même qui m’a demandé de venir, à dire vrai. Qui m’a invoqué à l’entrée du canyon. Comme à mon habitude, je n’ai eu qu’une nuit pour me préparer. Et se préparer à être reçue par le Roi Charognard signifiait une chose : il fallait un présent pour entretenir leur … amitié ?
La veille au soir, j’ai donc parcouru les rues de Taki. Et attrapé deux clochards qui rôdaient. Il faut au moins cela pour nourrir la meute. Un pour eux, et un pour le Roi. Et je sais très bien que la viande humaine est de loin celle qu’ils préfèrent. Il arrive souvent qu’un coyote se rende de lui-même dans le monde des humains, et parcoure le pays de la roche ou le Grand Cagnard. A la recherche de viande facile à attraper. Ils chassent même parfois à plusieurs. Les voyageurs au bout du rouleau, ou les enfants égarés sont leurs cibles privilégiées. J’en ai déjà parlé avec le Roi Charognard, et d’après lui la chaire d’un enfant n’est pas celle qu’ils préfèrent. Elle est trop tendre, leur reste sur les crocs. Ils préfèrent la viande plus dure, plus mastiquable, des adultes. Et ils aiment particulièrement leurs os, bien plus épais. Bien plus goûteux. Pas des adultes trop vieux cependant, pour ne pas que la viande soit complètement rêche et n’ait pas d’amertume. Ils aiment par-dessus tout l’entre-deux âge, entre vingt-cinq et trente-cinq ans, là où la viande rempli parfaitement les critères de leurs festins les plus solennels.
Et ce n’est pas une si mince affaire que de trouver des vagabonds qui ont aux alentours de cet âge, et qui, de surcroit, sont en bonne santé physique et mentale. S’il y avait un service de recensement au sein de l’Empire ce serait bien plus simple. Mais malheureusement, je dois me fier à mon flair et à mon instinct, car je n’ai pas le talent bestial des coyotes pour connaitre la qualité d’une viande à l’allure et à l’odeur d’un être humain.
Enfin, d’après la réaction de Naki devant ceux qui allaient devenir mon présent, je sais que je ne me suis pas trompé sur les deux que j’ai attrapés. Les deux me suivent, hagards, d’ailleurs. Les mains liés, reliés à moi par de simples cordes sévèrement serrées autour de leurs poignets. Je les tiens en laisse, je les entraine, sans défenses, vers le lieu de leur exécution. Mais cela, ils ne le savent pas encore.

Nous arrivons au fond du Canyon, au bout d’un chemin entre deux falaises particulièrement rapprochées. Et nous entrons dans une grotte immense. C’est la Tanière. Le repaire des coyotes. De petites grottes succursales servent de couchettes pour l’ensemble de la meute, tandis qu’un escalier naturel descend dans les ténèbres, vers le Trône. C’est ce chemin que nous empruntons. Je suis passée devant Naki. C’est le privilège accordé à mon rang. Il n’a même pas tenté de protester ou de japper : cela fait déjà quelques temps qu’il a compris à qui il a à faire.
Lorsque je déboule dans la plus grande salle de ces grottes, un coyote de la taille de trois hommes déplie son corps maigre et élancé. Un sourire sinistre et inquiétant rôde sur sa gueule. Ses yeux jaunes pétillent d’une malice mauvaise et carnassière. Le Roi Charognard est toujours ainsi, ses simagrées ne m’émeuvent même plus.
Sa voix, rauque mais doucereuse, s’élève alors.


« Eika … Tu as fait vite pour venir ici, Reine Solitaire. Je ne te cache pas mon plaisir de ton empressement à accourir vers la Meute lorsque celle-ci a besoin de ton aide. »

« Je n’avais simplement rien d’autre à faire, Akun. C’est la raison pour laquelle j’ai hâté le pas. J’espérais bien trouver de quoi briser mon ennui en venant te voir. »

« Hak, hak, hak ! Je vois que tu n’as rien perdu de ton insolence et de ton assurance. Mais c’est ainsi qu’est une Reine, pas vrai ? »

« Et elle n’est pas stupide et prisonnière de cette confiance en elle pour autant. Je t’ai amené un petit cadeau. »

D’un geste brusque, je tire sur les cordes pour rapprocher les deux offrandes terrorisées. L’un d’eux tombe à genoux devant le gigantesque coyote. L’autre titube, se reprend, et voyant la gueule de l’animal très près de la sienne, babines retroussées en signe de contentement et de faim, s’écroule à son tour sur ses tibias, et se prosterne, implorant la pitié. Des proies sans défenses, vraiment. Et qui veulent remettre leur espoir de salut entre les mains des Cinq. Des divinités dont ils ne connaissaient sans doute même pas les préceptes et qu’ils n’avaient jamais vénérées. Mais les seules dont ils connaissaient le nom. La seule chose qu’il leur restait pour se raccrocher à quelque chose. Hormis la possibilité, hypothétique, que le Roi-Charognard peut peut-être avoir une once de pitié et leur accorder la vie sauve ? C’est bien mal connaitre les coyotes. Non seulement, ils n’auraient pas le droit de garder la vie. Mais en plus, même une mort rapide n’est pas envisageable pour eux. Plus longtemps la viande reste juteuse, mieux c’est. Les coyotes sont des charognards par habitude, pas par choix. Dès qu’ils peuvent dévorer une proie vivante, ils font en sorte que la chair reste chaude le plus longtemps possible.
Le cynisme du sourire du Roi Charognard se mua en expression affamée. De sinistre, son attitude devint menaçante, dangereuse. Puis, presque soudainement, changea de nouveau. Un sourire agitait ses moustaches, ses yeux exprimaient son contentement. Comme un roi déchu auquel on témoigne le respect auquel il aspire.

« C’est un présent qui me fait grand plaisir, Eika. Les derniers mois ont été rudes et nos festins bien rares. On peut dire que tu arrives au bon moment … »

« Il faut croire. Et maintenant, si tu me parlais de la raison pour laquelle tu m’as faite venir ? »

« Hak, hak ! Tu ne perds pas le Nord. »

« Tu connais les dictons de ta meute mieux que moi, non ? Celui qui perd son chemin dans le Canyon est condamné. »

« Hak, hak, hak, hak ! Tu as bien raison. Tu as bien fait d’amener deux présents, l’un d’eux va servir pour l’initiation de Naki. C’est pour elle que je t’ai fait venir. »

« Mmmmmh … »

« Pour le moment, Naki est ton lien avec la meute. Et tu peux l’invoquer jusqu’à toi dans le monde des hommes tant que tu le désires. Seulement … Il n’a pas encore effectuée sa première chasse. D’ordinaire, on fait sa première chasse avec un membre plus expérimenté de la meute qui a déjà de l’expérience. Etant donné le statut de Naki, j’ai pensé que ce serait bien que ce soit toi. Ca nous permettra de montrer une nouvelle fois que tu mérites ta place comme Reine Solitaire. Qu’en penses-tu ? »

« Une partie de chasse ? Je suis toujours partante pour ça. Je suppose que je dois lui apprendre façon Coyote, n’est-ce pas ? »

« Bien entendu. Et en plus tu as amené une proie avec toi. Tu vas libérer l’un de ces humains que tu as amené dans le Canyon. Et on va lui donner une arme. Ensuite, tu vas guider Naki afin qu’il puisse le chasser comme un véritable coyote. Tu n’as pas le droit de participer directement à la chasse, mais tu peux donner des signaux ou suivre une idée de Naki afin d’orienter la chasse. Ainsi, il pourra passer à l’âge adulte, devenir un membre actif de la meute. Tu t’en sens capable ? »

« Ne me pose pas la question. Bien sûr que je le suis. La vraie question, c’est de savoir si Naki s’en sent capable. »

Je me tourne vers le jeune coyote, qui a suivi l’échange avec un mélange de surprise, de peur, et de désapprobation. Qu’une humaine lui enseigne la chasse ne lui plait pas, évidemment. Mais il sait qu’il n’a pas le choix. Il a lui-même entendu les mots de la bouche du Roi Charognard : je suis un membre de la meute et je suis plus expérimentée que lui pour la chasse. Mais à son air farouche, je sens qu’il va tenter quelque chose de stupide. Comme chasser seul. Par exemple. Tant mieux, j’aurais tout le temps de l’observer pendant qu’il se vautre et qu’il échoue, jusqu’à ce qu’il revienne vers moi pour me demander de l’aide. Je ne suis pas sa mère et je ne compte pas faire semblant. Un coyote qui ne réussit pas à passer l’épreuve de la chasse est un coyote mort. Il se fait conspué, humilié, et maltraité par ses frères. Et à la première période de disette, c’est le premier à être dévoré par ses frères. Parce qu’il devient un moins-que-rien à l’instant où il prouve qu’il est un incapable. Et un coyote qui ne sait pas chasser en meute et qui tente de chasser en solitaire … Eh bien, c’est tout simplement un élément qui fragilise l’ensemble de la meute. Pour fédérer une meute de coyotes, il faut leur inculquer un peu de discipline, mais surtout leur apprendre à s’utiliser les uns les autres afin de gagner leur casse-croûte.
J’ai comme un doute maintenant que je guette la réaction de Naki. Il se peut bien que ce soit un des prochains repas de sa famille vu comme ça part.

« Je peux le faire. »

« Parfait alors ! La meute pourra donc festoyer ce soir. Nous aurons deux sacs de viande humaine pour le dîner ! Reine Solitaire, tu resteras avec nous pour le repas ? »

« Evidemment. La chasse durera sans doute tout l’après-midi, y’a des chances que je sois affamée. »

« C’est tellement rare qu’un Roi ou une Reine Solitaire ne dévore ses semblables … »

« Pourquoi pas ? C’est une viande comme une autre. Par contre, ça n’a pas changé. Je compte bien la faire cuire, j’aurais besoin d’un feu. »

« Hak, hak ! Tu en auras un. »

Je hoche la tête en signe d’approbation, puis je sors en tirant sur l’une des deux cordes, entrainant un des clochards avec moi vers l’extérieur de la grotte. L’autre tente de me suivre en hurlant et en baragouinant, mais le Roi Charognard l’attrape dans sa patte et le tiens fermement. Sa gueule dégoulinante et le jaune de son regard cruel font immédiatement taire les cris de l’homme. Sa peur s’est transformé en incapacité totale d’exprimer le moindre son, de faire le moindre geste. Il est tétanisé.
Habituée à ce spectacle, je me contente de sortir de nouveau au grand air, suivie de près par Naki. Une fois hors de la grotte, je tranche les cordes de la proie, et je lui lance un couteau.

« Barres-toi. Aussi loin que tu peux. Si tu sors du Canyon, tu vis. S’il t’attrape avant, tu meurs. La règle est simple et tous les moyens sont bons pour gagner. »

Il hésite. Semble décider de pleurer plutôt que de se battre … Puis finalement, fait volte-face et s’enfuit en courant à toutes jambes, tenant fermement le couteau en main. En voyant son casse-dalle s’enfuir, Naki fait mine de se ruer en avant, mais je l’en empêche d’un regard noir et impérieux. Il baisse les oreilles, et s’allonge sur le sol sans rien dire, en tentant de déterminer du regard la direction prise par son diner.
Je m’assois à côté de lui, bien plus détendue.

« On lui laisse une heure, pour que le challenge soit là. Et après, la chasse commencera. »
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Eika Shirogane
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MessageSujet: Re: Canyon du Roi Charognard   Mar 19 Juil 2016 - 17:54

L’homme court sur la terre aride qui sépare les deux falaises. Droit devant. Il ne sait pas où il va, ni depuis combien de temps il court. Il sert le couteau dans sa main, seule défense contre les créatures qui sont à ses trousses. Ses doigts s’y accrochent comme à son dernier espoir.
Il a perdu la maitrise de son souffle depuis des kilomètres. S’il court, maintenant, c’est par peur et rien d’autre. Lorsqu’il s’arrêtera, il s’écroulera sans doute de fatigue. Ses pieds sont meurtris par son échappée, à force de heurter le sol au-dessous d’eux. Comment est-ce que la terre peut devenir aussi dure, aussi solide ? Elle a l’air plus dure encore que les dalles de Shi no kuni.
Un aboiement, retentit quelque part derrière lui. Il a l’impression que la créature a pris de la hauteur, comme si elle était au-dessus de la falaise, mais le sang qui bat ses tempes et fait bouillir son crâne l’empêche d’en être tout à fait certain. Il n’a pas le temps de tendre l’oreille pour s’en assurer. Le hurlement est long. Il continue pendant quelques secondes. Un second, plus court, lui fait écho. Apparemment il vient du même endroit, ou peu s’en faut. C’est une sorte de langage ? Qu’importe. La seule chose à laquelle l’homme doit penser pour le moment, c’est de fuir le plus loin possible de ce canyon. S’il va tout droit, il finirait forcément par trouver une sortie quelque part, pour rejoindre un pays où la météo estplus tendre. Une forêt par exemple, avec d’avantage d’abris pour se cacher. Ce serait vraiment le scénario idéal.
Il continue à courir, et la route entre les falaises tourne vers l’Ouest. Bon tant pis, il ne va pas tout droit alors. Il doit juste courir de toute façon. L’homme tourne. Arrive devant une impasse. Un gémissement désespéré sort de sa bouche. S’il rebrousse chemin, il tombera nez à nez avec les coyotes et se fera dévorer vivant.
Alors qu’il regarde son couteau, bien décidé à vendre chèrement ce qu’il reste de sa peau, le pauvre clochard voit une ouverture dans la roche de l’impasse. Comme un tunnel. C’est son seul échappatoire, il n’a pas le choix. Exténué, le souffle court, il s’engouffre dans l’ouverture en espérant trouver quelque chose de salutaire de l’autre côté.

_______________

Je coure dans le Canyon du Roi Charognard. Après être sortie du Repaire, j’ai escaladé une paroi pour arriver en haut d’une des deux falaises. Puis j’ai couru dans les directions indiquées par les hurlements de Naki. J’espère que le jeune coyote ne se trompe pas, parce que je n’ai aucune ligne de vue vers notre cible à l’heure actuelle. Je sais seulement qu’il est quelque part entre les deux grandes falaises qui forment la Grande Voie. Celle qui déchire le Canyon en deux parties d’une taille presque égale.
Je n’ai fait que courir et écouter, depuis que j’ai grimpé. La fatigue commence à se faire ressentir, mais heureusement, quand on a déjà chassé dans le Canyon, et qu’on a appris où étaient certaines choses, il est plus facile d’économiser son endurance. Il n’y a pas vraiment d’ombre, nulle part, pour éviter le soleil, déjà. Donc ce n’est pas la peine de focaliser son attention sur ça. Même à l’intérieur de la crevasse, le soleil tape dur à cette heure de l’après-midi. Notre proie, même si elle a donc choisi de courir au-dedans, doit se prendre le soleil dans le dos. Cuir à petit feu. Peut-être que je n’aurais pas besoin de faire rôtir la viande finalement ? Il va s’en charger tout seul.

Par contre, les points d’eau ne sont pas nombreux, et la soif est ce qui affecte le plus l’endurance dans ce pays. Certaines plantes, sèches, sur le sol, cachent néanmoins de petites mares où il est possible de s’hydrater. Donc pas besoin de s’alourdir outre mesure avec des gourdes, si on sait quelles plantes ne rendent pas l’eau toxique, on sait où trouver de quoi boire. Et donc générer son endurance.
Naki aussi doit savoir tout cela. Il vit ici depuis qu’il est tout petit. Nous avons donc un avantage incroyable sur notre proie, qui ne fait que courir où il peut sans vraiment réfléchir à ces conditions élémentaires de survie. Il ne prend pas en compte les dimensions gargantuesques de ce pays, et est persuadé de pouvoir trouver une sortie quelque part. Cet espoir est d’ailleurs la seule chose qui le raccroche à la vie. Ce sera donc l’expérience des chasseurs contre la seule volonté de la proie. Et le pragmatisme devrait briser la foi pour que l’on réussisse à lui planter nos griffes dans le bide, afin de l’attraper et de le ramener au Roi Charognard, à temps pour le festin de la nuit. Une ordalie tribale, de viande et de sang. Au rythme du chant des coyotes. J’ai déjà assisté à ça une fois, quand j’ai été intronisé en tant que Reine Solitaire.
Malgré le côté barbare du spectacle et de l’ambiance, c’est un moment magnifique à savourer, quand on a un peu d’ouverture d’esprit. Et quand on est dépourvu de quelques foutus principes princiers : ne pas manger de viande de la même espèce que soi par exemple. Même au sein de l’Empire, la tolérance au cannibalisme est extrêmement faible après tout. De mon point de vue, la viande reste de la viande. Sa provenance n’a guère d’importance. Après tout, nombre d’animaux dévorent leurs semblables lorsqu’ils trépassent et que la viande est bonne. C’est une façon de sacrifier les faibles pour cultiver les forts en quelque sorte.

Un nouveau hurlement retenti en contrebas. Trois aboiements, une tonalité qui varie au cours de chacun d’entre eux. Un message un peu plus élaboré que pour simplement donner sa position. Naki fait des efforts pour bien faire, c’est une bonne chose.
Il vient tout juste de m’informer que la cible est rentrée dans un tunnel qui passe sous une des falaises. Je me souviens de ce tunnel, j’y suis déjà passée, et je sais exactement où il débouche. Le troisième hurlement est le plan d’attaque du jeune coyote. Pas mauvais. Il a bien appris ses leçons avec ses frères, il faut croire.
Je bifurque, accélérant la course. Je dois parvenir là-bas avant que notre proie ne sorte du tunnel. Si je ne peux pas suivre le plan de Naki, c’est un coup à être destituée de mon rang et a participé au festin du mauvais côté ce soir. Je dois me hâter.

_______________

L’homme avance à tâtons dans le tunnel obscur. Ses mains s’écorchent sur la roche glaiseuse, humide. L’humidité. Une bénédiction après avoir traversé l’allée entre les deux falaises, le soleil heurtant durement sa nuque. Il passe ses mains sur celle-ci à plusieurs reprises, grimaçant à cause du contraste de température. Ca lui fait du bien, mais les gouttes d’eau sont à deux doigts de s’évaporer en nuage de fumée tellement sa peau est bouillante.
La tête lui tourne, maintenant. Le brusque changement de température ne lui fait pas que du bien, même s’il repose son corps. Son crâne vrombit d’incompréhension. Il manque de tourner de l’œil, mais s’accroche à l’espoir de trouver quelque chose de l’autre côté du tunnel. Alors il continue à avancer, sans même se demander une seule seconde si cette galerie peut être une impasse elle aussi. Il a trop besoin de savoir qu’il y a quelque chose au bout.

Il entend encore les aboiements des coyotes, mais ils sont bien plus lointains maintenant. L’homme se rassure un peu, relâchant un tantinet la prise sur le couteau de chasse. La chaleur s’est définitivement envolée, sa peau se remet de l’insolation, sous la forme de plaques rouges. Mais la tiédeur, dans le tunnel, lui rappelle de bons souvenirs. Quand il n’était pas encore un vagabond. Il a eu une famille, sur l’archipel, dans un petit village près de Suiko. Quand il a eu un petit bébé, un garçon, sa femme et lui ont pris le pont Takuna pour aller sur la côte. S’installer dans un autre village, où le climat était plus clément.
Et l’Empire s’est emparé de la région à l’Est du Raimei. Ca n’a pas changé grand-chose pour sa petite famille à dire vrai. Une partie des récoltes était toujours versée à un village qui les protégeaient, tandis qu’ils gardaient l’autre pour vivre, et un petit surplus pour faire quelques ventes et s’offrir quelques extras. La vie était agréable.
Mais il a fallu qu’il trompe sa femme. Quel imbécile il a été. Et de chagrin, elle était morte, emportée par un mauvais geste. Suicide. Elle n’a pas pu supporter son erreur. Son petit garçon, trop jeune, ne passa pas le premier hiver, qui l’emporta avec une vague d’autres nouveaux nés. Pour lui c’était de trop, et il n’avait pas pu supporter de demeurer au village. Il s’enfuit alors avec presque rien, vers l’Ouest, et il perdit rapidement les quelques drakes qu’il avait accumulé les dernières années. Dans l’alcool, les jeux, les hôtels, les bordels. Dilapider n’est pas quelque chose de difficile quand on ne songe pas aux lendemains. Et il s’était retrouvé dans les rues, un sort accepté et mérité selon lui.

Mais là c’est différent. Aucun être humain ne mérite son sort. Enlevé, relâché, puis traqué et bientôt dévoré par des hordes de coyotes à l’intelligence humaine. Ils pouvaient parler ! Il a entendu parler de ça, une fois. Les animaux avec lesquels les ninjas font des pactes, ou quelque chose du genre. Il ne connait pas leurs noms mais a toujours cru qu’il s’agissait d’animaux sympathiques. Il n’a jamais imaginé une horde aussi cruelle. Effrayante.

Ah, le bout du tunnel, enfin. Et de nouveau l’air libre. Il est éblouit par le soleil quelques secondes, puis avance prudemment en regardant autour de lui. Il n’y a rien. Pas le moindre signe de présence au-dessus de lui, au niveau des falaises. Il leur a échappé alors ? Il fait quelques pas de plus.

Une flèche se plante à ses pieds. Un aboiement retentit. Il prend peur, et se remet à courir, tout droit, sans même réfléchir à nouveau. Il doit s’échapper. Absolument, s’échapper.

_______________

La proie est plus brave qu’elle en a l’air au premier abord. Elle a d’avantage de ressources que je ne l’avais prévu, aussi. Je viens de le voir sortir du tunnel. Il a trouvé de quoi se ressourcer un peu, même si son corps porte les stigmates rouges des coups de soleil. La soif ne l’assaille pas autant qu’on aurait pu s’y attendre. Et surtout, son regard brille encore d’espoir. C’est même un espoir neuf, renaissant, qu’il va peut-être s’en sortir.
Du coup, le plan de Naki prend son sens. Il s’agit de vite briser ce nouvel élan afin d’entamer encore plus son moral. Et de le forcer à s’épuiser encore d’avantage.
Je tire une flèche juste à ses pieds, le ratant volontairement. Un avertissement, histoire de dire qu’on le suit toujours. Je ne m’embête pas à prendre une vraie flèche. Une simple tige de bois à peine polie fait l’affaire. En écho au vrombissement du trait à travers l’air, les hurlements de Naki reprenne. Il a cru être sorti du cauchemar, mais le cauchemar l’a rattrapé, et la chasse reprend. De nouveau, les prédateurs sont sur ses talons.

Il se remet à courir. L’autre avantage du fait d’être en hauteur par rapport à lui, c’est que chacune de mes foulées correspond à trois des siennes, en vérité. Il force comme un goret apeuré, mais je n’ai pas besoin de presser autant ma course que la sienne pour demeurer à sa hauteur. Son endurance s’effondre par pans entiers, tandis que la mienne s’étiole doucement. En ajoutant le fait que je la régénère en m’abreuvant, et que lui non, il va forcément s’écrouler avant moi. De l’autre côté du Canyon, j’aperçois la silhouette élancée de Naki. Lui aussi est parvenu à la même conclusion. Parfait, il connait son sujet. Nos deux corps sont soigneusement positionnés loin du rebord de la falaise. Il s’agit de ne pas éclipser le soleil, afin de ne pas être aperçus en contrebas. Si la proie ne sait pas où se trouve son prédateur, sa terreur est décuplée. Car il pense qu’on peut lui tomber dessus à n’importe quel moment. Et il continue de perdre toujours plus d’endurance en courant, la folie dans le regard et dans le corps.

Soudain, un mouvement en contrebas. La proie vient de trébucher, et de tomber. Son souffle et ses jambes ne suivent plus. Il est à bout de souffle et ses muscles ne supportent plus l’effort, dans ce cagnard. D’un geste, je désigne à Naki des escaliers naturels, un peu plus loin, qui vont me permettre de descendre jusque dans le précipice sans trop de difficulté. Il comprend, ralentit l’allure, et freine d’un coup sec, revenant légèrement en arrière. Il y en a d’autres un peu plus loin. Je vais pouvoir rabattre la proie épuisée vers lui pour l’acculer.

Sans précipitation, je descends pierre par pierre l’escalier sinueux, après avoir tapé un petit sprint pour prendre de l’avance sur la proie et tomber pile poil en face d’elle quand j’arriverais en bas. Je récupère mon souffle avec ce deuxième effort, plus calculé. Il s’agit d’accélérer et de ralentir régulièrement, dans un endroit aussi impitoyable que le Canyon du Roi Charognard. Gérer ses dépenses encore et toujours. Creuser l’écart entre son endurance et celle de la cible, jusqu’à ce que ce soit un gouffre infranchissable.
J’arrive en bas, et je déboule juste au-devant de la marche trainante et titubante de l’homme. Il voit la flèche que j’ai encochée à son intention, qui le perforera avant que son couteau ne m’atteigne. Hagard et au bout du rouleau, il fait immédiatement volte-face, l’expression terrifiée, pour revenir sur ses pas.. Parfait. Il se dirige tout droit vers Naki.
Je range le projectile, et je repasse mon arc autour de mon épaule. Maintenant, l’heure de vérité pour le jeune coyote.

______________

Cette jeune femme … C’est elle qui l’a amené ici. Elle est avec les coyotes. Et cette flèche … L’homme n’a jamais vu une promesse de mort aussi proche. Il sent la peur se saisir de tous ses membres, et il fait demi-tour, contraignant son corps éreinté à sprinter maladroitement. Il trébuche. Il tombe. Le couteau lui échappe des mains.
Il se redresse et rampe pour le rattraper, mais une patte se pose sur l’objet. L’homme relève la tête, pour voir la gueule du coyote, babines retroussées et toutes dents dehors, juste en face de son visage hirsute et fatigué. Il n’a même pas le temps de bouger, il ne sent plus que la douleur fulgurante qui s’empare de son avant-bras. Les dents perforent la chair, il hurle. Sa vue s’assombrit. Un flot de sang, son sang, se déverse hors de son corps. Il sent qu’un second coup de dents lui arrache autre chose. Où ? Quoi ? Il ne sait plus.
C’est l’horreur et la douleur qui accompagnent sa fin, sa chute. L’ultime précipice. Non … Il sent encore la souffrance. Il ne meurt pas. C’est pire encore. Combien de temps va-t-il encore souffrir comme ça ? La cruauté de sa fin est sans limites.

_______________

Un coup de pied fait enfin décrocher la mâchoire de Naki, qui proteste, feule, et montre les dents. Un second coup part, le faisant plier le genou. Celui-là laissera des marques. Une empreinte sanglante sur le coin de la bouche du coyote.

« Quand je te dis de lâcher, tu lâches. Bordel ! Tu comptes quoi, ramener de la viande morte au Roi Charognard ? Estimes-toi heureux que je ne t’arrêtes, si tu le tues, tu te serais pris une correction bien pire que celle-là. Allez, attrapes la proie, on la ramène au repaire. »
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Eika Shirogane
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MessageSujet: Re: Canyon du Roi Charognard   Ven 22 Juil 2016 - 19:15

De retour au Repaire. J’avance le pas tranquille, soulagée que tout se soit bien passé. Les échecs ne sont en général pas très bien vu par la meute, surtout lorsqu’on est un Solitaire. La moindre occasion de nous discréditer est bonne à prendre pour les membres influents de la meute, même lorsqu’on a la bénédiction du Roi Charognard. Après tout, son règne ne se base pas que sur la force, mais aussi sur les résultats. Et il ne m’aurait pas couvert si on s’était raté : il a déjà manifesté suffisamment de confiance en me confiant la réussite de la chasse pour le festin du soir. Quand on promet de la viande aux coyotes, mieux vaut qu’ils en aient à foison et dans les temps.
Naki traine la carcasse à moitié morte du clochard derrière lui. Je vois bien qu’il peine, la masse inerte étant un peu trop lourde pour lui. Mais ça fait partie de l’apprentissage. Et puis, question de hiérarchie. Je n’ai pas à l’aider, il m’est inférieur. C’est normal que ce soit lui qui amène les proies capturées jusqu’à la grotte.
Heureusement pour nous, j’ai réussi à arrêter les flots de sang qui s’échappaient des blessures de l’homme avec un bandage de fortune. S’il s’était vidé durant la route, on serait dans une sale situation. Vivante, la viande a encore plus de valeur que lorsqu’elle est morte. Le sang doit être encore chaud au moment où les crocs de la meute, mâchoires par mâchoires, s’emparent de leur tribut.

La soirée est déjà tombée, et la grotte est plongée dans la pénombre. Sur notre passage, les yeux jaunes luisent dans l’obscurité. Curieux, mais surtout avides. Ils ont senti le fumet du repas du soir. Des ricanements ravis saluent notre passage. La chasse est fructueuse, la meute sait que sa faim va être contentée cette nuit.
Malgré l’atmosphère inquiétante, mon attitude est assurée et mon pas est haut. On ne peut pas se permettre le moindre signe de faiblesse lorsqu’on est une Reine Solitaire. C’est tout simplement suicidaire sur la durée. Pas une once de peur ou de doute ne doit pulser de son corps en présence des coyotes, pour se faire respecter. Surtout pas devant le Roi Charognard. On doit montrer son respect envers lui en s’astreignant à des protocoles rigoureux et à de la politesse. Mais si on a peur de lui, on est comme n’importe quel membre de la meute.
Ce qui me distingue d’eux, justement, c’est cette faculté de contrôler ma peur en sa présence. Plus encore que tous les défis que j’ai pu relever pour me faire accepter. Ils n’étaient là que pour gagner mon rang. Le conserver est une autre épreuve en soi.

Au diapason de celui de ses subordonnés, c’est le sourire cynique du Roi Charognard qui nous accueille lorsque nous entrons dans sa loge. A en croire les deux femelles qui gisent à terre, apparemment épuisées, il n’a pas perdu son temps lui non plus. Un autre privilège du Roi, et pas des moindres. C’est le seul qui ne prend pas d’épouse. Par contre, ponctuellement, il peut s’emparer de n’importe quelle femelle de la meute pour le bien de l’espèce. Les princes deviennent toujours de grands chasseurs, c’est donc toujours un honneur de s’offrir au roi.
Un autre privilège qui démarque une Reine Solitaire des autres femelles : je ne faisais pas parti de ce pacte entre le Roi et la meute. Après tout, c’était pour mettre au monde les plus grands chasseurs de la meute, voire le futur roi, qu’il faisait cela, pas pour s’amuser. Comme nous ne sommes pas compatibles, il n’y a donc aucune raison valable à ce que je signe un tel pacte.
Bref, le rire goguenard du Roi arrive bien vite, et il se pourlèche les babines.

« Hak ! Hak ! Je vois que la chasse s’est bien déroulée. Fort bien, Eika. Comment s’est débrouillé Naki ? »

Le regard du jeune coyote se posa sur moi. C’est le moment de gagner définitivement sa confiance, en le mettant en avant à sa juste valeur. Heureusement pour lui et pour moi, je peux me permettre de le louanger parce qu’il n’a pas commis d’erreur. Il n’a pas été exceptionnel, mais il a tout fait dans les règles de l’art.

« Je pensais que je devais surveiller un jeune coyote et lui apprendre l’art de la chasse. Mais non. Je n’aurais pas vu la différence si j’avais chassé avec un traqueur plus expérimenté. Je n’ai rien eu à faire, Naki s’en est très bien sorti. »

« Hak … Je vois, bonne nouvelle. Il semble que tu sois devenu un adulte, Naki. Bienvenue dans la meute, jeune coyote. »

Naki s’incline sans rien dire en signe de remerciement, mais aussi d’allégeance. C’est la première fois que j’assiste à ça, donc je ne sais pas si son attitude est normale ou étrangement silencieuse. En tous cas, il a l’air encore plus satisfait que le Roi Charognard.

« Que proposes-tu comme récompense pour ce jeune coyote qui en a bien mérité une, Reine Solitaire ? »

Une question piège, afin de prouver que je connais encore les lois de la meute. Et puis, pour que les coyotes présents dans les alcôves latérales voient bien cela eux aussi. C’est une fleur de la part du Roi Charognard, en quelque sorte. Il sait bien mieux que moi qu’il n’y a qu’une seule récompense. De plus ça va permettre de renforcer la confiance de Naki en moi. Et sa loyauté. Parce que je vais prononcer la sentence.

« Une fois que la royauté, ses invités, et les femelles invitées par le roi auront pris leur part du festin de ce soir, ce sera le tour des chasseurs. Naki est leur égal maintenant. Montrons-lui notre gratitude en lui laissant prendre sa part en tant que premier chasseur pour aujourd’hui. »

L’honneur est habituellement réservé aux plus vieux chasseurs de la meute, ou aux plus forts. Le fait de permettre au jeune adulte de se servir en premier permet d’implanter dans l’esprit de tous ses congénères que désormais, son rang social est le même que le leur. C’est un peu simple en apparence, mais c’est efficace. Les coyotes n’ont pas besoin que de mots, de rituels, de règles ou d’épreuves à accomplir. Ils ont besoin d’être mis en face des faits. De voir de leurs propres yeux l’application de leurs lois ancestrales. Si on dérogeait aux démonstrations lorsque quelqu’un change de place dans la hiérarchie, ils ignoreraient totalement le changement de statut à la première occasion qui se présente.

J’ai dû apprendre les lois du Canyon en accéléré, pour m’emparer de mon rang de Reine Solitaire, et autant dire que ça n’a pas été simple. Elles sont très précises, incontournables, mais assez difficile à appréhender au premier abord parce qu’elles contiennent une petite part d’officiel, qui est mis sur le compte des règles établies par leur ancêtre commun, le premier Roi Charognard ; mais elles contiennent surtout bon nombre de règles officieuses qui définissent l’aptitude de quelqu’un à se faire comprendre, respecter, et pour les plus hauts placés, à contrôler l’attitude de la meute vis-à-vis de soi. Le meilleur exemple étant le Roi Charognard, qui doit faire régulièrement étalage de son autorité afin de ne pas se la faire dérober. Ou simplement que des incohérences se créent au sein de la meute.

La nuit se déroula avant et après le festin. Tout le monde mangeait autour d’un gigantesque brasero. C’est curieux, d’ailleurs, car les animaux sauvages ont bien souvent peur du feu, ce qui n’est pas le cas des Kyuchioses. Comme ils sont dotés de plus grandes facultés intellectuelles, et de la parole, ils ont pu échanger avec les humains sur pas mal de sujets. Dont celui-là. C’est la différence la plus marquante que je connaisse entre les Kyuchioses et les simples animaux, à l’exception de leurs différences d’aptitudes cognitives.
Les coyotes n’allument cependant le brasero que pour les grandes occasions. Comme les cérémonies d’intronisation des nouveaux chasseurs. D’abord, le Roi Charognard présente les proies à l’assemblée. Puis chacun se sert dans l’ordre hiérarchique. Le Roi, ses invités (en l’occurrence, moi, une Reine Solitaire n’est pas tout à fait une invité, mais bénéficie d’une dérogation un peu spéciale pour se servir juste après le Roi), les fils et les filles du Roi dans leur ordre de naissance, puis les femelles honorées durant la journée écoulée, les chasseurs, et enfin le reste de la meute.
Quand tout le monde a étanché sa faim, c’est alors l’heure des divertissements. Curieusement, il existe des formes d’arts chez les coyotes.
Des chasseurs qui ont répété toute la journée s’affrontent de façon très féroce et acrobatique. C’est tout un art de ne pas se blesser mais de tout de même réussir à impressionner l’assemblée.
Quelques coyotes possédant la faculté d’atteindre des timbres de voix inhabituels, ou tout simplement très beaux, peuvent aussi participer aux festivités. Ce sont un peu des chanteurs, sauf qu’ils se contentent de hurler avec des décibels différents de celles qu’utilisent et peuvent atteindre les autres.
Il arrive très souvent qu’un vrai combat ait lieu pour des raisons judiciaires. On n’autorise pas à faire couler le sang, devant le brasero, cependant, celui qui gagne est celui qui parvient à maitriser l’autre ou à le faire sortir d’un cercle de cendres chaudes déposées sur le sol. C’est un moyen de régler les légers litiges sans déranger le Roi. Ou simplement, les coyotes se lancent des défis afin de faire les beaux devant certaines femelles. Ou parce qu’ils ont envie de prouver leur valeur. C’est un jeu, mais pas que : une victoire ou une défaite peut redéfinir la place de quelqu’un dans la hiérarchie sociale de la meute.
Viennent ensuite des moments plus calmes, mais tout aussi attendus. Des énigmes proposées par les plus malicieux. Et des histoires contées par les plus âgés. S’ils ne sont pas capables de se rappeler à la mémoire de leurs compères lors de ces soirées, et de parler de leurs exploits passés, les vieux coyotes finissent bien souvent tout en bas de la hiérarchie sociale après tout. Se faire apprécier est plus qu’un luxe pour eux, c’est aussi une question de survie. Bien sûr, ceci est quand ils n’ont plus la force de mater les jeunes coyotes. Lorsqu’ils l’ont encore, ils n’ont aucunement besoin de ces moyens détournés.

Je mastique tranquillement la viande que je viens de faire griller sur un plus petit feu, assise en tailleur juste à côté du Roi Charognard. Vraiment, une fois cuite, elle ressemble et a le même goût que n’importe quelle autre viande. Je vous assure.
J’ai taillé un morceau directement dans la cuisse. Un morceau de choix, dont je ne me suis pas privé après que le Roi se soit emparé d’une partie du poitrail et du cœur de la proie. Le tout arrosé d’un bol en bois, contenant du sang encore tiède. Une juste récompense après avoir traversé la moitié du Canyon en courant.
Je suis très surprise par le spectacle qui s’étale sous mes yeux. Je connais les coutumes des coyotes, qui peuvent paraître très cruelles pour beaucoup. Mais leur culture est bien plus que simplement baignée dans la violence. Il y a une forme d’extase dans leur art. Et une faculté indéniable à partager malgré les tensions qui peuvent régir la meute.
Je glisse un regard en coin au Roi Charognard. Il a l’air plus que satisfait. Quoi de plus normal ? Réussir ce genre d’ordalie, c’est garantir un peu plus de consistance, de cohésion, au sein de la meute, et donc également asseoir son règne. Car malgré sa force prodigieuse, si ses enfants se liguaient ensemble contre lui, ils pourraient le dévorer. Surtout si les chasseurs retournaient eux aussi leurs fourrures.
Du coup, c’est une bataille de chaque instant pour prouver sa force, et garantir la crainte et le respect de tous les coyotes. Il ne faut pas qu’ils réfléchissent à cette possibilité de le renverser. Car s’ils en viennent à l’envisager sans que leur doute soit réprimé immédiatement par la force, ils finissent par réaliser que c’est possible. Certains des plus grands Rois Charognards se sont fait dévorer par leur propre meute à cause de cette négligence. Personne n’est invulnérable et absolu au sein d’une meute. Mais c’est tout le boulot du Roi de le faire croire.

Je sais bien que j’ai marqué des points auprès de lui et j’en suis satisfaite. Après tout, si son règne dure, j’ai deux garanties importantes : des alliés de poids en cas de besoin. Mais aussi un rang au seine de la meute lorsque je foule ses terres. Un rang sans lequel entrer dans le Canyon signifie décéder dans d’atroces souffrance. Du coup, c’est aussi dans mon intérêt que je sers ceux du Roi, et on le sait très bien tous les deux.

Naki est un peu moins sage que nous, à n’en pas douter. Il profite des joutes pour défier un vieux chasseur très expérimenté. Un bon moyen de prouver qu’il a de la valeur et qu’il n’a rien usurpé, de se faire respecter. De devenir un chasseur alpha, peut-être ? En tous cas de prendre du galon. Mais il se fait rétamer et jeter hors du cercle comme un malpropre.
Je soupire. Alors que je viens de lui offrir une réelle opportunité, il faut qu’il s’embarque dans ce genre d’affrontement … Quel imbécile. Il vient, en quelques minutes, de perdre le magnifique rang que je lui ai offert sur un plateau d’argent, et de redescendre dans les abysses hiérarchiques de la meute. Au moins il l’a fait par ses propres moyens, il n’a personne à blâmer. Et surtout pas moi. Mais, et il le sait très bien, il va falloir que je montre du mépris pour lui devant le reste de la meute le temps qu’il fasse à nouveau ses preuves.
J’espère pour lui qu’il aura l’occasion de participer à une chasse et de briller prochainement. Normalement les jeunes coyotes ont pas mal d’opportunités, il n’aura qu’à en saisir une. En croisant les doigts pour qu’il ne se comporte pas comme un crétin quelques heures après, cette fois.

La soirée s’achève calmement. La plupart des coyotes vont dormir. Les chasseurs de garde partent patrouiller dans le Canyon. Le Roi va sûrement se choisir une femelle pour parachever son triomphe. Je n’en ai cure. On vient systématiquement se présenter au Roi lorsque l’on arrive, chez les coyotes. Lorsque l’on repart, pas besoin de faire la moindre simagrée. On s’en va, simplement. Surtout dans mon cas, vu la soirée qu’ils viennent de passer je n’ai plus de compte à rendre.
Mon regard croise celui de Naki. J’aimerais bien lui dire simplement au revoir mais avec la scène qu’il vient de faire je me contente de durcir mon expression et d’attendre qu’il détourne le regard. Je vois bien qu’il est peiné, mais ses regrets et sa frustration sont de bons sentiments pour lui à l’heure actuelle. Dans un monde aussi impitoyable, il n’y a qu’en étant impitoyable qu’on éduque un vrai chasseur. Sinon il finira par se faire bouffer tout cru et je ne veux pas être là pour voir ça. J’aime bien Naki, malgré la façon dont je me comporte. C’est pour son bien si je fais ça.

Une fois qu’il est hors de vue, je fais volte-face et je quitte le repaire. Il est temps de m’en aller.
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Eihiko Tsubazame
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MessageSujet: Re: Canyon du Roi Charognard   Ven 22 Juil 2016 - 19:38

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MessageSujet: Re: Canyon du Roi Charognard   Aujourd'hui à 7:47

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Canyon du Roi Charognard

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